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Une signature scannée n'est pas une signature électronique

Imprimer, signer, scanner, envoyer. C'est ainsi que circulent encore la plupart des contrats, et cela produit un document qui ne prouve presque rien. Voici ce qui manque, exactement, et ce qui le remplace.

Auteur
Lamine Diallo
Catégorie
Les bases
Temps de lecture
5 min de lecture
Publié le

Vous connaissez le rituel. Le contrat arrive en pièce jointe. Quelqu’un l’imprime, signe la dernière page, marche jusqu’au scanner et renvoie le PDF. Parfois il n’y a pas de scanner et c’est une photo prise au téléphone, un peu de travers, le flash effaçant la moitié d’une clause.

Tout le monde traite le résultat comme un contrat signé. Il est généralement honoré, parce que la plupart des accords le sont. Mais s’il est un jour contesté, ce fichier ne fera pas le travail que vous croyez.

Ce que vous avez réellement

Une signature scannée est l’image d’un échantillon d’écriture, posée dans un document. C’est tout. Elle ne porte aucune information sur qui l’a placée là, quand, ni sur le fait que le document en dessous soit bien celui qui a été signé.

Pensez à ce qu’il faudrait faire pour la falsifier. Ouvrir le PDF, sélectionner l’image de la signature, la copier, la coller dans un autre document. Ce n’est pas une attaque sophistiquée. C’est un après-midi avec un logiciel gratuit, et le résultat est indiscernable de l’original, parce qu’il n’y a rien à discerner.

Pensez maintenant à ce qu’il faudrait faire pour prouver qu’elle n’a pas été falsifiée. Il faudrait argumenter par le contexte : l’e-mail d’où elle vient, les échanges autour, le comportement des parties ensuite. Parfois cela suffit. C’est une position bien plus faible que d’avoir la réponse dans le fichier.

Les quatre manques, nommés

Pas d’identité. L’image montre un nom écrit d’une certaine façon. Elle ne montre pas qui l’a écrit, et un style de signature n’est pas un secret : il figure sur chaque chèque et chaque formulaire que cette personne a rempli dans sa vie.

Pas d’intégrité. C’est le manque sérieux. Rien ne lie la signature aux pages sur lesquelles elle repose. Remplacez la page 3 par une autre page 3, gardez la dernière page signée, et le fichier paraît intact. Sur un contrat de plusieurs pages, la dernière est souvent la seule que quiconque signe.

Pas d’horodatage. Le PDF porte une date de fichier, qui est une propriété du fichier, pas de l’acte de signer. Elle change quand le fichier est copié, réenregistré ou déplacé d’un système à un autre.

Pas de dossier. Rien ne décrit ce qui s’est passé. Aucun journal indiquant qui a ouvert le document, depuis où, sur quel appareil, dans quel ordre. Si deux personnes ont signé, rien ne dit laquelle en premier.

Pourquoi cette habitude tient

Il faut le dire clairement : le réflexe scan-et-mail n’est pas de la paresse. Il s’est installé parce que c’était la seule chose qui marchait. L’impression coûte peu, les scanners sont partagés mais disponibles, l’e-mail atteint tout le monde, et cela ne demande ni fournisseur, ni abonnement, ni formation.

Le coût est réel mais invisible : trois jours d’aller-retour pour un document qui pourrait se conclure en une heure, une armoire à classeurs que personne ne peut interroger, et une preuve qui s’évapore sous la pression. Personne ne ressent ces coûts avant le jour où ils comptent, et ce jour-là le fichier est ce qu’il est.

Ce qu’apporte la signature électronique

Les quatre mêmes manques, comblés.

L’identité est établie avant que la signature n’existe. Au minimum, le signataire a reçu un lien à une adresse précise. Couramment, il a aussi ressaisi un code à usage unique envoyé sur son propre téléphone. Lorsque le document le justifie, il a déposé une pièce d’identité qui est jointe au dossier.

L’intégrité est cryptographique. À la fin de la signature, le document est scellé. Modifiez ensuite un seul caractère — un chiffre dans un montant, un mot dans une clause — et le sceau se casse de façon visible. Le document reste lisible par tous ; il n’est simplement plus modifiable en silence.

Le temps est enregistré événement par événement. Chaque signature porte son propre horodatage : un contrat signé par trois personnes compte trois événements datés, dans l’ordre, plutôt qu’une date de fichier ambiguë.

Le dossier voyage dans le fichier. Une page de certificat jointe au PDF scellé liste chaque signataire, la méthode utilisée pour le vérifier, chaque horodatage et une empreinte du document. Vous n’avez pas à reconstituer l’histoire depuis votre boîte mail. Elle est dans le document.

Côte à côte

Signature scannée Signature électronique
Qui a signé Inconnu Établi et consigné
Document inchangé depuis Indémontrable Scellé cryptographiquement
Quand Date du fichier seulement Horodaté par signature
Traçabilité Votre fil d’e-mails Page de certificat dans le fichier
Copier-coller vers un autre document Trivial Casse le sceau
Coût de production Imprimante, scanner, trois jours Un lien et quelques minutes

Ce que dit le droit

Le droit guinéen reconnaît l’écrit et la signature électroniques comme preuve dès lors que le signataire peut être identifié et l’intégrité du document garantie. Ce sont les deux conditions, et ce sont précisément les deux qu’un scan échoue à remplir. Une image scannée n’identifie personne et ne garantit rien.

Cela ne revient pas à dire qu’un contrat scanné est nul. Les parties peuvent être liées par toutes sortes de comportements, et un scan peut très bien constituer une preuve parmi d’autres. Le propos est plus étroit et plus utile : un scan vous oblige à plaider pour votre document, un document scellé plaide pour lui-même.

Information générale, pas conseil juridique. Un document précis dans un litige précis relève de votre avocat.

Le seul changement qui vaut la peine

Vous n’avez pas à tout convertir d’un coup. Prenez les documents où perdre le débat ferait vraiment mal — contrats fournisseurs, accords clients, tout ce qui comporte un montant — et déplacez ceux-là en premier.

Laissez les demandes de congé internes sur papier si vous voulez. Elles n’ont jamais été le risque.


La page Signature électronique montre ce qui se trouve dans un document scellé, et les tarifs sont indiqués en francs guinéens.

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